Cet amour-là

"Elle dit: non, ne pleurez pas, ce n'est pas triste, en rien, en aucun cas. Il s'agit de vous et de pas vous, oubliez votre personne, ça n'a aucune importance. Il ne faut pas se prendre pour un héros. Vous êtes rien. C'est ce qui me plaît. Restez comme ça. Ne changez pas. Restez. On va lire ensemble."

Yann Andréa

 

c’est peur en corps abîmé que cela soit que cela luit que

d’être éloigné de cela soit pour que

c’est d’être sachant le miroir regardant poing serré dans la nuit

encore

éclat

voir dans la blanche mollesse l’âme aux abois

dans la blanche mollesse

disent aux abois dire en enfant devant l’entendement

c’est vouloir comme ça faiblesse du genre faiblesse du

parce que penser comme ça

c’est le clap des doigts celui de la porte sa forme étendue quand le bord sur les doigts

c’est toujours à savoir

une éclipse d’antan

c’est dans cet intervalle que se glisse Marine, qui s’ennuie. Marine qui voulait Jeanne qui donne à Paul tout ce que Marine souhaitait. redondant. Marine n’est pas Aurélien, qui n’est pas Emma et dont personne ne se soucie. elle a ce prénom honni mais qui au moins rappelle la mer bien qu’elle préfère l’océan. Marine. rêve. le soleil se couchant sur l’ardeur, un bout de bras, les os de Jeanne, et n’osant jamais figurer ce qu’elle n’a pas touché. Marine n’aura pas longtemps ce souci-là, Marine marche, pense à dessiner correctement. il est déjà tard dans l’an, pluie, cieux néant et pelure souillée.

l’autre avait perdu son enfant, un enfant. nous avions perdu l’enfant. tu courais lentement dans les rues encore pleines et malgré la nuit, ta tête courait c’était une chasse après l’oubli, un moment comme tu les aimes. tu achetais du citron, un gâteau, tu jouais tu savais, avant. parce que toujours avant, mais bien, et confortable de faire semblant. comme il aime que l’on aime que tu aimes enfin marcher avant. la nuit, elle, l’enfant. l’organisme en organisme mort-vivant. cette nature qui elle court, qui elle tend : aveuglement.

Marine.

une femme moulée, anthracite moulée, noir lissant moulée, tête penchée, volume capillaire épars et combiné : châtelet. ventre débordant. la haine très jalouse de ces ventres. la passion très triste de ces ventres qui croient malgré les murs qui se resserrent, malgré l’humidité collante sur nos lèvres, nos joues, nos nez, malgré les annonces, les mesures, le verbe. qui ont d’autres horizons. la bouche qui pense ces mots abjects.

UNE BOUCHE SANS CARIES.


Les enfants que sont, sous la pluie, lorsque lumière tranchant la nuit

Dégoulinant la nuque, doigts rougis, ta face

Celle qui n’est pas tienne qui des traits moins grossiers

Et dans le bosquet bas, dans le buisson, le son grave de son miaulement et de sa langue râpeuse et qui mystère partout tout le temps et qui se frotte assidument

Qui disparait

Qui n’est plus là, que les enfants ennuient, qui patiente

C’est un chat

Il y avait tout ensorcellement et tout réel

Ce n’est pas la magie d’un chat qui court vers toi qui lendemain fuit

Le sens est l’horizon des brodeuses, leur endoctrinement

Tu attends

Une intelligence en strates, une pensée fine

La délicatesse des vertèbres, des cheveux, des pores

Le craquement d’une peau trop sèche et percée

La trouée

Tout a toujours été cassant, des incessantes minutes le cul sur un strapontin sale du matin, des plateaux, des signes, des distances règlementaires

            Langue râpe

            Miaule, grave

Les enfants

De ce que vous étiez

 

 

 

 

tout escarpement tout étale

cela pleuvait, nous tonnions et l’horizon et à mains, pleines

toutes, elles – puisque cela chute, puisque langue molle

puisque le rivage même, le sol

nous avions entre nos côtes cet espace, même

nous tonnions, tremble, frêne

de minuscules brindilles

là où la branche

là où le corps

là où d’un craquement dû au poids dû au choc dû à l’intrusion d’une écharde

allions, d’un pas suant, odorant, léger

tout si léger, si simples d’apparence nous

là où rien dorénavant

c’est une aiguille peut-être, injectée

dard, peur du dard, de son imprévisibilité, là

déjà, et en temps

cela se casse, car, cela se cassait étant

ça

disant

c’est étroit, dénouant, d’avoir planté autant

si souvent

au matricule de mes fesses

poil, ce sont les dents qu’il faut montrer au néant

même alors, et recèle, retour avant

la montagne a des versants et nous avons le drame de ne pas voir nos pas

de ne pas saisir, articulations

de ne pas sentir

le chemin attenant

Il a le mérite d’être réel

a il

elle d’autrefois, tout comme

il ce sont, petits monticules, là où s’agite

a

il

très étroitement, a

toute fine ligne

faille

jusqu’au fond des océans

oui

 

Les crêtes et l’eau      défilent, elles passent

 paysage, et se refuser à ce que le mot contient

béatement

ce sont ces crêtes qui ont vu les pas avant, de ceux qui avant, qui ont fui une situation claire, sont partis, ont pris leurs affaires, avaient peur

pour leur vie pour ce qui dans leur vie était palpitait, qui savait, qui dans un point très précis de la vie était

 

ils ont marché jusqu’aux crêtes, voyaient l’eau eux aussi savaient la mer, fuyaient franchirent la végétation étonnamment vivace, la végétation vive, piquante des sommets quel contraste.

 

Nous pensons d’eux, nous positionnons

époque lâche, quelle

époque aveugle et muette

dissonant, tout temps

tout     les couleurs du lointain sont pastel, elles sont neutres ce sont des teintes de gris de bleu de beige et de blanc

 là-haut c’est plus vif, plus tranchant l’observateur se souvient de ses pas explorant, tâtant sol d’un corps saisi par le vertige d’une fierté banale, d’angoisses, de chutes de pierres en cascade ridicule quand l’autre qui vécut et qui meurt, également où et quand commence, dilue quelle texture de peau à l’horizon ces touchers à venir lointain à l’air se formule, muscles et joues salive loin à force de dire, à la force c’est le doigt, partant de l’épaule, traversant le coude il frémit loin expire, l’air est passé par moi

 

ou c’est une voiture et qui pétarde

terme horrible, d’alors

puisqu’aujourd’hui elle ne rien, comme les corps des montagnards qui ne sont plus

elle ne rien puisqu’elle circule

puisqu’elle vole au-dessus du sol

puisque ses roues, puisque leur contact avec l’asphalte cherche partout à se nier

puisque cette embardée est lourde

puisque

nous sommes un monstre

écarquillé, quel sens

nous sommes             si sages, si terriblement sages

nous sommes, nommons

les hommes

 nous sommes

 

 

ça n’a pas suffit et ça, nulle part de savoir
quoi
quelle et parce que quoi de moi, de moi voulant
ils ont dit décris le camion
il est là et si tu dis alors – et on décrit donc quelques mots
une fureur, de ce que je sais comme étant le regard
puisqu’elle l’a dit
ce regard mien, tien
qui n’appartient, c’est un hasard
mais
et donc à qui, et puis comment
cela on le saurait, on pourrait le dire, du où il vient, du comment il agit, de tout
tout ce qu’il implique qui ne crame pas une femme qui se fume
en hôtel à Venise ou à Rome et sans crue, sans arbre, sans charrue
mais qui à Vienne, là, en voiture, en rue, a su
et ces cris qui déchirent, qui arrachent les nuits aux pleines
aux tenues
à leurs sœurs tendues
on dira elle voulait, que c’était
on le dira à peine, parce que l’on sait comme il
et elle
mais de treize à quinze
de quinze à dix-sept
          jaune
comme écartelé
des feuilles sortent de la machine, c’est autrefois, elles crachent, l’homme pleure
il a vu qu’elle a vu l’a appelée pour le lui dire bien que ça ne l’engage jamais, et à rien non plus
comme elle avait vu
et puis Timon tout seul, regarde
quelque chose s'affine, l'horizon se dessine
on voit enfin la poussière retomber

les tourterelles d'un autre pays

Inconstante, elle
          inconsolable
elle
avance donc        elle
avance
masque de plâtre blanc           friable
          blanc
elle avance et pense en plâtre en sang           friable
elle, inconsolable blanche
sait, avance           un pas valant un pas un autre pas
avance
le logiciel automatique         automatique
avant
et sans, elle
alors, avec et en, nous avançons

il l'appelle, l'appellera
appelle, entend
il

la pensée ne sait pas ce que, quelle forme, elle naît avant,
naît
dessine alors ou fait, façonne, module
chantant elle porte
avant
et la main, ce cliché de main, la main partout portée, montrée
la main se tait se cache se fond
essaie de plonger dans la chair le corps
la soif sanguine du coeur
la main se tait aphone, ouvre la paume, tend le poignet, déplie les doigts, phalange après phalange, ongles inégaux, sales, mous, abandonnés

en action directe

Il avait, et donc parlé, c’est une mimique ces jours : il avait parlé. Penché, feuille, caractères frappés, marchant ses oreillettes, ses acteurs et il marchait encore. Il avait. Il pensait. Il y avait foule, nombre, elles allaient. Il voulait d’ailleurs qu’elles et comme avant. Pensait, comment moi mieux, moi aimer mieux, moi. Comment. Marchant, il parlait, ses mains l’imaginant. Pensant, foule. Elle aime mieux qu’elle qui vit, qui parcourt et sans retour. D’un autre bord d’ailleurs mais sans possible, dans une pleine capacité, dans une présence terrible, dans un amour. Parlant, le crâne cherchait ses doigts, disait aussi l’amour. Tous. Il se disait, donc, marchant, qu’une femme marchant comme lui marchait rencontrant comme il rencontrait assez souvent le néant, l’ennui, les gens qui regardent et qui pensent et qui peurs, frémit. Lui jamais pas besoin, aimé. Il avait, et pour la première fois, sans tuer le père. Savait. Il avait, elle concluait, ce qui l’irritait mais il avait, alors, encore. Et marchant, les oreillettes, tous les textes ne sont pas si criants, il disait, marchant, que les textes parfois crient. Il pensait alors à ce qu’un texte crie, mais marchant. Il disait, marchant, qu’un texte déjà crie, qu’un texte, et qu’il faut le penser. Il riait de ce qu’elle soit ce qui, il pensait. Les doigts de chacun se pliaient pour compter, pour penser, pour s’imaginer un peu ce que les chiffres diraient, s’ils savaient encore peser, s’ils pouvaient. L’oreillette tombait, il la ramassait. Disait qu’il faudrait un espace, un temps, un ciel de printemps en novembre, une étoile, le vent et les herbes. Disait oui, ce vouloir-là, précisément. Marchait. Ses pas sur le sol frappaient, bruit sourd et sanglant. La somme considérable de mots, toujours les mêmes, qui s’agglutinaient. Les rendez-vous manqués, la cohérence. Il pensait. Marchant, l’oreillette et les mots, l’idée. Donc il fallait le ciel, la route, l’espace, un horizon. Il fallait l’horizon et il le fallait fixe pour qu’un point se dessine. Disait, horizon, lumière, caractère, quelques plans se dessinent – une vache alors est arrivée. On parlait de poules et se sont les vaches qui sont apparues, malades, mourantes, avec leurs cornes et leurs yeux. Ceux qui dessinent d’ailleurs savent, il pensait, détestant leur pouvoir, il savent comme les cornes et les yeux, comme la chaleur du ventre, la force des naseaux. Il savent puisqu’ils touchent plus encore que la chair, plus encore que la carcasse quand elle est encore chaude, parcourue.

Audrey

J’avais envie qu’elle n’existe pas, que non, pas elle
Que ses cheveux raides, qu’une bêtise profonde, autre encore
C’est le corps non, sien non, ses cheveux trop bruns pour être miens
J’envie, j’avais, c’était et pas, la façon de placer la hanche que je, si j’avais
Moi aussi la maigreur, moins jeune
J’imagine, suis et là peut-être la honte qui s’évapore
C’est souvent dans l’image, l’oeil qui croise
Ensuite alors le son frontal
Le son sien, qu’on imaginait sien, le monde si vaste
de rapports inventés
Investis là sur temps et corps là, rassurant la durée
Capital et morale
La sainte odeur d’éternité
C'est toute éteinte alors que s'est vautrée
L'enfant pensée sur canapé