Cet amour-là

"Elle dit: non, ne pleurez pas, ce n'est pas triste, en rien, en aucun cas. Il s'agit de vous et de pas vous, oubliez votre personne, ça n'a aucune importance. Il ne faut pas se prendre pour un héros. Vous êtes rien. C'est ce qui me plaît. Restez comme ça. Ne changez pas. Restez. On va lire ensemble."

Yann Andréa

Comme elle colle et salit

Je nous aimais bien reines de la déglingue main sur les seins et lèvres toutes coquilles. Cette frénésie du vendredi soir qui finalement était tout et qui se répandait sur le jour quand la nuit ne se lève plus que les corps se meuvent et les désirs débordent. J'aimais ça, jouer. J'y croyais. Ta tempérance aussi de femme apaisée qui regarde l'autre se découvrir. Encore. Jouer à aimer. Se croire énorme. Personne ne la sait cette interstice. Même pas moi ton coeur froissé.

Rien à dire sur rien. Les frères et sœurs, c'est un sujet à déléguer. Un point de fuite. Je dis : intéressons-nous à la fratrie mais je ne dis rien de Thérèse enfermée par sa sœur et des soupçons qui pèsent tant qu'on ne sait. Il y a bien eu ce jour où l'on m'a parlé de l'agrégation d'anglais mais c'est mon père, celui qui disait aussi ta grand-mère s'est suicidée alors que personne ne sait et rien ne prouve puisqu'il pleuvait et que la direction se faisait par les roues arrières. Motrices. Un peuplier quoique peut-être sûrement autre sur les routes anglaises molles où le froid ne mord jamais. Alors Pessac et les rosières d'Eustache que là non plus personne ne sait puisque la technique fait que rarement, de plus en plus, le 16 mm projeté. Et que rarement, de plus en plus, un documentaire de 1979 avant un documentaire de 1968 devant une salle très concentrée. Le tout dans la province française qui tente de palpiter par l'écran. Pourquoi là d'ailleurs. Est-ce qu'on se l'est demandé. Pourquoi Belfort qui nous appelait depuis les années lycée. Pourquoi aussi il suffit de regarder. Rien à ajouter, se refréner depuis une table minuscule dans un appartement ridicule rue Mazarine. La réalité incarnée. Ton absence. Celle qui me donne le droit de dire c'est mieux comme ça. Qui me donne le temps de voir la hauteur de la chute sans toi. Qui me donne la liberté de détruire tout sous mes pas. Les murs finesse papier ici, c'est ça qui me donne le sentiment d'échec. Pas de passer devant Notre Dame. Pas de rouler d'un bout à l'autre de cette ville pour croiser encore et toujours les mêmes têtes honnies. Pas les labyrinthes de la pensée par articles interposés où l'on recroise Foucault qui parle de Kant qui dit que maintenant, en 1980, plus personne ne pense et qu'il faut par conséquent avancer masqué. Pas même la citation, cette notion terrible, qui fait qu'on peut projeter du Marker en prétexte à une déferlante d'images et de sons mauvais goût pour enfants de cœur cocaïnés. J'entends par là que je vis dans une époque. Que je la crains. Apocalypse de mes reins.

Et le peintre, quel qu'il soit, qui s'ennuie. Même plus besoin de le voir pour savoir. Pareil pour le physicien. On pourrait les titiller, leur demander de se lever de venir déflorer la patrie. On pourrait, comme Ponge, faire des jeux avec les mots pour que les cheminées luisent et que l'horizon hurle. La fumée noire qui n'existe plus serait encore l'apogée du désir et les ténors se bousculeraient pour annoter les pages, dire que là encore les mots dessinaient des sexes érigés. On survivrait. On dirait ensuite les naufragés sont comme les blattes, il ne faut pas qu'on en parle. Et les doigts gantés de Glenn Gould feraient couler les sons dans nos veines bien éduquées. Tu vois comme c'est pénible de modeler la matière. Comme elle colle aux doigts et salit.

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